De quoi devenir Magnac dans ce Bourg !

En plein confinement, les villes sont vides. Les villages aussi. A Magnac-Bourg, en Haute-Vienne, l’humeur des 1 500 habitants est insaisissable. Stress, tension, joie ou liberté, difficile de s’y retrouver. 


Entre deux maisons jumelles, un chat vient de détaler. Il est roux avec quelques taches blanches. Sa queue semble atrophiée, le quotidien des chats de gouttières. Il semble fuir. Mais quoi ? Il n’y a rien ici.

  Magnac-Bourg, ancien village connu de nombreux vacanciers lorsque les autoroutes n’étaient que des pâturages, ressemble à une coquille vide. Il y a encore trente ans, avant la création de l’autoroute A20 dans les années 2000, la vie des Magnacauds était rythmée par les embouteillages créés par les aficionados de la Méditerranée. L’ancien axe principal du département, la Nationale 20, était alors un bouchon géant sur des dizaines de kilomètres. Dans le « centre-ville », les murs des maisons du village noircissaient de la pollution des voitures. Aujourd’hui, ces dernières ne sont plus sur la route du village mais sur la place principale. Il n’y a d’ailleurs presque plus d’espace pour se garer. Pourtant, il n’y a personne. 

A bien regarder, quelques têtes ébouriffées de cheveux blancs se cachent derrière des rideaux en dentelle. Le moindre mouvement, forcément imprévu, est scruté. Le calme vient d’être brisé. C’est le kinésithérapeute du village : « Ah ces bonnes femmes ! » s’exclame-t-il en ouvrant la porte à sa patiente. Elle a le sourire. La blague devait être drôle. Un peu plus loin, on entend des bruits de pas. C’est un homme. A écouter les graviers crisser sous ses mocassins patinés, il semble pressé. Sûrement à cause du froid. En cet  avant-dernier vendredi de novembre, le mercure ne dépasse pas les 3°C. Le ciel est maussade. C’est un jour blanc. Aveuglant et déprimant. Seule une douce odeur de feu de cheminée et quelques chants d’oiseaux brisent la monotonie. Des roucoulements de tourterelles principalement. Parfois, ce sont des cris, peu agréables, de corneilles noires. 


La vie confinée 

Dans les bâtiments de la mairie : c’est l’effervescence. A l’accueil, il n’y a que le rire haut perché de Christelle. Petit bout de femme aux cheveux courts avec des lunettes noires et un chemisier à fleurs, elle amuse ses deux collègues. Monsieur le maire, Jean-Louis Dubois, descend les deux étages du bâtiment en pierre. « On ne se rend pas compte qu’il y a un confinement ! » plaisante la star locale à l’accent limousin. Pour lui, il y a quand même des bonnes nouvelles. Durant le premier confinement, les locaux du centre politique du village s’étaient transformés en bureau des plaintes. Des appels de personnes qui s’ennuyaient, qui déprimaient… Pour ce reconfinement, tout va mieux : « Les habitants comprennent. Je les sens moins frustrés. Si Macron annonce la semaine prochaine la réouverture des commerces, tout rentrera dans l’ordre. » 

Cet optimisme n’est pas partagé par tous. Deux rues plus loin, au bar-tabac-presse, Karine, la vendeuse, est excédée. « Les petits vieux sont désagréables. Je n’ai jamais vu ça. Le pire, c’est qu’ils ne comprennent rien. Le masque est sur leurs mentons au lieu du nez et quand ils voient "3 personnes maximum" sur la devanture, ils s’entassent à six ou plus ! » rumine-t-elle. Sans décolérer, Karine détaille la dernière péripétie : « A 9h, un papi est venu prendre le Popu (ndlr : « Le Populaire du centre », le journal régional). Dix minutes plus tard, il revient, double tout le monde, et m’achète un timbre. A 9h30, le revoilà pour me prendre un ticket à gratter ! Je ne comprendrais sûrement jamais… »  


La baguette du consensus 

Entre la bonne humeur de la mairie et le dépit du tabac-presse, la boulangerie fait office de modératrice. Arrivées dans un nouveau bâtiment, Sandra, la boulangère emblématique du bourg, et son apprentie, Annabelle, rayonnent. Avant, « L’épi Magnacois » n’était qu’un dépôt de pains trop cuits et secs. Depuis le 3 novembre, des fours à pains sont enfin arrivés. Une révolution. La nouveauté marche. Entre 7h30 et 9h, c’est le « rush » d’après Sandra. « Tous les anciens se précipitent pour les baguettes chaudes ! » explique-t-elle en servant Madame Faure, sourde à mi-temps, à qui Annabelle répète trois fois que « ça vous fera deux euros ! » Ici, personne ne se plaint. « Le pain c’est une religion dans ce pays. Il n’y a que des clients heureux d’avoir un petit déjeuner bien frais qui viennent le matin. » apprécie Sandra.  

Pressés ou heureux, les habitants de Magnac-Bourg vivent le confinement dans la quiétude habituelle. Rien ne semble ébranler les traditionnelles histoires qui se jouent dans cet écosystème. Plus que jamais, là où les villes ont une figure, les campagnes ont une âme. 



(Exercice du reportage réalisé dans le cadre de mes études à l'IEJ Paris / 3ème année) 





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