Samedi 23 novembre, à l’initiative du collectif #NousToutes, les groupes féministes étaient appelés à marcher à Paris et partout en France à deux jours des conclusions du « Grenelle des violences faites aux femmes ». Dans la capitale, le chapelet de manifestants a beau être immense, à l’intérieur, on s’interroge : « est-ce que marcher sert à quelque chose ? »
Sortir du métro est un exploit. Se frayer un chemin entre des milliers de personnes place de l’Opéra l’est encore plus. Pourtant, très vite, on sent que ce rassemblement n’est pas comme les autres : la bousculade est amicale et faite avec le sourire. 49 000 personnes réunies au même endroit, au même moment pour une même cause. C’est impressionnant : des cris de ralliement et de joies descendent des quatre coins de cette marée violette et ne semblent jamais atterrir tant la foule est étendue. Seul le mégaphone, invisible mais bel et bien audible, réussit à concerner tout le monde : « Cette marche est historique ! »
Historique, certes, mais est-ce bien efficace ? Un groupe de quatre adolescentes, de 17 et 18 ans, arrêté au milieu de la cohorte, s’interrogent sur la question. « J’y crois moyen » lance Élise à sa comparse Inès qui n’a qu’une idée en tête « Si on combat la violence, on ne peut pas être violents ! ». Mais le dernier mot reviendra à Mouna « On n’a qu’à faire un film, s’emballe-t-elle. Apparemment Macron a été bouleversé par Les Misérables (de Ladj Ly) et depuis il veut faire quelque chose pour les citées, alors on sait ce qu’il nous reste à faire les filles ! »
En serpentant entre les femmes et hommes de la marche, on se rend compte à quel point un même message a mille moyens de se faire entendre. Tous les collectifs féministes sont présents. Chacun à son slogan. A quelques mètres du cortège silencieux des associations de proches de victimes des féminicides (137 à l’écriture de ces lignes), dont le pas, lent, rappelle la gravité de l’instant, un groupe n’a de cesse de répéter : « Tout le monde déteste la police ! » Un constat qui détonne au milieu des autres. Corinne, une enseignante de 48 ans, marche aux côtés de ce groupe au regard noir et à la démarche révolutionnaire. Pour elle, être là, est un acte de profonde contestation : « Dans cette lutte, notre ennemi n’est ni le gouvernement, ni les hommes mais bien les flics. Quand j’ai été déposé ma plainte pour agression sexuelle, ils m’ont dit d’attendre 15 jours. Mais une fois que je leur ai expliqué que j’étais enseignante et que je connaissais mon droit, le problème s’est réglé en 48 heures. Alors aujourd’hui marcher, je ne sais pas si ça sert vraiment à quelque chose. Mais je le fais. Pour toutes celles qui ne peuvent plus le faire. »
La volonté d’être ensemble plus forte que le reste
Si les ambiances de cette cavalcade changent tous les cent mètres, la majorité vit ce moment comme une fête. Durant les quelques heures de marche, tout le monde se sera époumoné au moins une fois sur la chanson d’Angèle « Balance ton quoi ». On s’arrête puis on s’accroupie avant de sauter comme un seul homme. Bras dessus, bras dessous, personne ne peut s’empêcher de sourire. Main dans la main, jeunes et moins jeunes ne cessent d’entonner divers devises plus évocatrices les unes que les autres. Entre deux insultes à l’encontre de Roman Polanski, on essaye de trouver un nouveau groupe. Mission impossible, à côtés de cette réunion pacifique, les traditionnels bouchons parisiens sont incroyablement moins compacts.
Entre quelques pas de danses échangés avec des inconnus, Marie-Christine Mourgue, présidente de « SOS femmes » de Seine-Saint-Denis n’oublie pas toute la symbolique de ce moment : « On marche pour remettre la femme au centre d’un endroit qu’elle n’aurait jamais dû quitter : l’espace publique. » Aussitôt, Kathleen, 66 ans, saisie le bras de son amie. Avec son accent aux notes d’outre-Manche et ses yeux écarquillés par l’enivrant bonheur de ce paquet d’êtres humains qui chemine comme un bloc, elle proclame : « Marcher, ça change le monde. »
(Exercice du "reportage" dans le cadre des mes études à l'IEJ Paris / 2ème année)

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